Les Nubiens à Assouan - Philae
Par Claire Hoddé, lundi 23 mars 2009 à 21:58 :: Vacances
Je n'ai pas l'habitude de côtoyer les touristes en Égypte. A mon grand regret, il est difficile de ne pas passer pour un touriste à Assouan. Un touriste, c'est quelqu'un qu'on fait payer très cher s'il n'est pas en groupe, et s'il possède un guide, on l'ignore. C'est un peu frustrant pour moi qui n'ai pas d'argent et qui parle la langue du pays. Mais... je possède certaines ficelles qui permettent aux égyptiens de me différencier. Ce qui peut paraitre incongru pour les amis français qui m'accompagnent !
Ce matin par exemple, nous arrivons à un haut lieu du tourisme : le bureau des tickets d'entrée pour le temple de Philae. Bien que je gagne moins qu'un étudiant, j'ai droit à payer plein tarif, le statut de volontaire n'existant pas. Ensuite, il faut prendre un bateau pour se rendre sur l'île, bateau qu'il faut négocier auprès des Nubiens très habitués. Nous sommes sans guide, des proies faciles. J'ai l'impression d'être tombée dans un piège, et je cherche par tous les moyens de trouver une issue. Ces Nubiens sont des égyptiens comme ceux que je connais, il doit y avoir un moyen de leur parler, mais ils refusent de baisser les prix. Alors je m'assoie par terre, et réfléchis. Position incongrue pour ces Nubiens qui finissent par se regrouper autour de moi : "Que ce passe t'il ? Que veut-elle ?" On ne veut décidément pas me laisser ainsi assise par terre, un Nubien nommé Achraf finit par accepter de baisser ses prix. Gagné !

Évidemment, à la fin de la balade, il demande un bakchich. Bon. "Alors vient prendre un verre avec nous !" Il accepte. Au restaurant du temple, les prix sont doublés pour les touristes. Alors je rejoue ma scène : je m'assoie à nouveau par terre, et explique que je voudrais inviter mon ami Achraf, à condition qu'on me donne le prix égyptien. Je refuse de me relever tant que le prix ne m'est pas accordé. Avec Achraf, tout est plus facile, ils acceptent !
C'est une aubaine : non seulement nous nous désaltérons, mais nous apprenons des pans de la vie des Nubiens. Achraf m'explique qu'il n'apprécie pas les égyptiens qui travaillent ici au temple, car ils viennent de Louxor. Chacun reste de son côté, se mélangeant peu. Je découvre que les nubiens ont une langue spécifique assez différente du dialecte égyptien, mais qu'ils maitrisent l'égyptien comme les autres égyptiens. Il n'aime pas son travail auprès des touristes, et je comprends aisément pourquoi, un égyptien aime avant tout le contact ! Il nous invite à assister à des fiançailles qui ont lieu le soir même. Nous le remercions.
Quand nous nous levons pour repartir, Achraf sait que nous n'avons pas réservé de taxi, hors l'endroit est isolé. Non seulement il nous en trouve un sans attendre, mais en plus il négocie le prix égyptien pour nous ! Je me retrouve en Egypte, je suis heureuse !





Cet après-midi, au sortir du musée de l'île Eléphantine, "la vielle Assouan", consacré aux objets historiques nubiens, nous refusons de suivre l'homme qui se déclare être "le chef du village", et qui veut nous inviter à prendre le thé. Ca ressemble trop à un attrape touriste. Alors que nous nous apprêtions à quitter l'île, un épicier nous apostrophe en français. Il aime le français, il veut seulement parler. Qu'à cela ne tienne, parlons ! Nous goûtons alors son thé au bord du Nil, dans un endroit très calme. Alors que nous discutions, il se met à chanter : "il était un petit navire", que nous reprenons en coeur. Je continue par une autre chanson égyptienne "Zahma, ya dounia zahma", qu'il accompagne de suite en tapant des mains, selon l'habitude égyptienne. C'est ensuite à son tour, ainsi de suite. La nuit est tombée, et nous avons tout notre temps. Notre hôte nous propose de nous promener dans le village, et nous le suivons à travers un dédale de rues qui ressemble à un labyrinthe coloré. Je suis surprise de trouver des maisons bien meublées et très propres, se distinguant des villages de paysans que j'ai déjà visités dans le delta ou en moyenne Égypte. Sur certains murs extérieurs se trouvent des peintures d'un goût raffiné.


Parvenus de l'autre côté de l'ile, nous admirons le Nil en silence. Seules les chauves souris nous font sursauter avec le frottement du vent contre leurs ailes. On dirait des cerfs-volants très rapides. Nous sommes comblés, béats devant la majesté de ces lieux si loin du centre ville bruyant.
Ce soir, un vent de sable nous retient à l'hôtel et me pousse à écrire mes impressions du jour.

















































































































