ClaireOCaire

Le blog d'une volontaire au Caire 2007-2009

Les Nubiens à Assouan - Philae

Je n'ai pas l'habitude de côtoyer les touristes en Égypte. A mon grand regret, il est difficile de ne pas passer pour un touriste à Assouan. Un touriste, c'est quelqu'un qu'on fait payer très cher s'il n'est pas en groupe, et s'il possède un guide, on l'ignore. C'est un peu frustrant pour moi qui n'ai pas d'argent et qui parle la langue du pays. Mais... je possède certaines ficelles qui permettent aux égyptiens de me différencier. Ce qui peut paraitre incongru pour les amis français qui m'accompagnent !

Ce matin par exemple, nous arrivons à un haut lieu du tourisme : le bureau des tickets d'entrée pour le temple de Philae. Bien que je gagne moins qu'un étudiant, j'ai droit à payer plein tarif, le statut de volontaire n'existant pas. Ensuite, il faut prendre un bateau pour se rendre sur l'île, bateau qu'il faut négocier auprès des Nubiens très habitués. Nous sommes sans guide, des proies faciles. J'ai l'impression d'être tombée dans un piège, et je cherche par tous les moyens de trouver une issue. Ces Nubiens sont des égyptiens comme ceux que je connais, il doit y avoir un moyen de leur parler, mais ils refusent de baisser les prix. Alors je m'assoie par terre, et réfléchis. Position incongrue pour ces Nubiens qui finissent par se regrouper autour de moi : "Que ce passe t'il ? Que veut-elle ?" On ne veut décidément pas me laisser ainsi assise par terre, un Nubien nommé Achraf finit par accepter de baisser ses prix. Gagné !



Évidemment, à la fin de la balade, il demande un bakchich. Bon. "Alors vient prendre un verre avec nous !" Il accepte. Au restaurant du temple, les prix sont doublés pour les touristes. Alors je rejoue ma scène : je m'assoie à nouveau par terre, et explique que je voudrais inviter mon ami Achraf, à condition qu'on me donne le prix égyptien. Je refuse de me relever tant que le prix ne m'est pas accordé. Avec Achraf, tout est plus facile, ils acceptent !

C'est une aubaine : non seulement nous nous désaltérons, mais nous apprenons des pans de la vie des Nubiens. Achraf m'explique qu'il n'apprécie pas les égyptiens qui travaillent ici au temple, car ils viennent de Louxor. Chacun reste de son côté, se mélangeant peu. Je découvre que les nubiens ont une langue spécifique assez différente du dialecte égyptien, mais qu'ils maitrisent l'égyptien comme les autres égyptiens. Il n'aime pas son travail auprès des touristes, et je comprends aisément pourquoi, un égyptien aime avant tout le contact ! Il nous invite à assister à des fiançailles qui ont lieu le soir même. Nous le remercions.

Quand nous nous levons pour repartir, Achraf sait que nous n'avons pas réservé de taxi, hors l'endroit est isolé. Non seulement il nous en trouve un sans attendre, mais en plus il négocie le prix égyptien pour nous ! Je me retrouve en Egypte, je suis heureuse !







Cet après-midi, au sortir du musée de l'île Eléphantine, "la vielle Assouan", consacré aux objets historiques nubiens, nous refusons de suivre l'homme qui se déclare être "le chef du village", et qui veut nous inviter à prendre le thé. Ca ressemble trop à un attrape touriste. Alors que nous nous apprêtions à quitter l'île, un épicier nous apostrophe en français. Il aime le français, il veut seulement parler. Qu'à cela ne tienne, parlons ! Nous goûtons alors son thé au bord du Nil, dans un endroit très calme. Alors que nous discutions, il se met à chanter : "il était un petit navire", que nous reprenons en coeur. Je continue par une autre chanson égyptienne "Zahma, ya dounia zahma", qu'il accompagne de suite en tapant des mains, selon l'habitude égyptienne. C'est ensuite à son tour, ainsi de suite. La nuit est tombée, et nous avons tout notre temps. Notre hôte nous propose de nous promener dans le village, et nous le suivons à travers un dédale de rues qui ressemble à un labyrinthe coloré. Je suis surprise de trouver des maisons bien meublées et très propres, se distinguant des villages de paysans que j'ai déjà visités dans le delta ou en moyenne Égypte. Sur certains murs extérieurs se trouvent des peintures d'un goût raffiné.




Parvenus de l'autre côté de l'ile, nous admirons le Nil en silence. Seules les chauves souris nous font sursauter avec le frottement du vent contre leurs ailes. On dirait des cerfs-volants très rapides. Nous sommes comblés, béats devant la majesté de ces lieux si loin du centre ville bruyant.

Ce soir, un vent de sable nous retient à l'hôtel et me pousse à écrire mes impressions du jour.

Les fleurs noires du désert blanc

Dans le "Désert Blanc", je m'attendais à trouver du sable, des pierres, des fennecs, des squelettes, mais pas des fossiles de plantes aquatiques ! Et pourtant. Il y a 70 millions d'années, la mer recouvrait cet endroit. Beaucoup de pierres en témoignent.

Le désert blanc est extrêmement intéressant d'un point de vue géologique. La roche mère, de la craie, est érodée par le vent et le sable dans ses parties les plus tendres, qui disparaissent, alors que les parties coiffées par une roche plus dure subsistent. De là naissent alors des formes plus ou moins fantastiques selon l'imagination de chacun.




Ca n'a rien à voir avec la craie, mais je vous avais prévenus :


Un autre phénomène "plus récent" marque le paysage : la craie se dissout lors de pluies diluviennes ou d'expansions de la mer, puis se dépose sous forme de " boue " et se resolidifie lors de périodes plus sèches.

Petit à petit, l'érosion libère des oursins, des palourdes jadis emprisonnés dans la roche mère.



Sur le sol, on peut trouver des minéraux noirs, en forme de fleurs, de tiges, de boutons, avec parfois des détails étonnants. On les appelle les hématites.



La vie qui se développe dans la boue crayeuse contient des éléments capables de créer de la marcassite (sulfure de fer) qui deviennent plus tard des hématites (oxydes de fer).

Le résultat est là : des kilomètres de formes végétales de couleur noire à ramasser sur la craie, dont certaines sont encore debout dans la craie (échelle, 3 ou 4 cm de haut) !!!



J'avoue avoir marché sur le plateau en essayant de mesurer le poids des années, j'en étais abasourdie !

Le désert noir, tout proche, a quant à lui été marqué par l'activité volcanique. Des vacances inoubliables !



Sources : http://alain.guilleux.free.fr/oasis_environnement/desert_blanc.html
(+ ebay, pour des photos et pour acheter les pierres ! Que ne trouve t'on pas, sur ebay ?)

Dahab : instants magiques

Je reviens de Dahab, où j'ai passé trois jours de vacances avant de déménager.

Trois jours de snorkeling à admirer les bancs de poissons et la couleur des coraux, apprécier la taille des poissons, lire, manger, boire. Que du repos.

Le soir, nous avons erré sur les plages désertées de la lagune, en regardant le soleil disparaître derrière les sommets.



Nous nous sommes laissés enivrer par le vent chaud de la nuit.



Pourtant je n'ai pu m'empêcher de ressentir l'appel de la montagne, toute proche. Sainte Catherine n'est pas si loin.

Un matin, je me suis levée aux aurores pour apprécier les couleurs chaudes du soleil sur les montagnes. Je voulais voir la mer rouge si bleue au pied des montagnes rouges. Une chienne du désert, attirée par les ordures de la ville, décide de m'accompagner. C'était magnifique.



J'arrive pour le réveil des pêcheurs, qui dorment sur le sable de la lagune. Tandis qu'eux préparent leur ligne, faite d'un sac plastique gonflé et d'un long fil de pêche au bout duquel pend un hameçon, je rentre dans l'eau qui me semble froide. Autour de moi, des milliers de tous petits poissons argentés s'affolent, et ricochent à plusieurs reprises sur la surface de l'eau produisant un son qui me fait me retourner. Ils fendent l'eau bleue de leurs reflets d'argent.



Sous l'eau, des bancs de gros poissons blancs fouillent le sol. Deux bras entourent leur bouche et soulèvent le sable. Ils broutent en avançant tous dans le même sens, à la manière des vaches. Plus loin, plus profond, je devine la silhouette d'un gros poisson qui patrouille les eaux sombres. Je le laisse pour aller observer les bancs d'oursins. Les plus nombreux sont ceux qui possèdent des aiguilles longues qui s'animent doucement. Quand les premiers rayons du soleil les touchent, en oblique, la scène prend du relief. Il y a peu de coraux ici, peu de couleurs, mais cette vie paisible m'enchante. J'aurais aimé photographier cette immobilité. Non loin, trois ou quatre petites murènes immobiles me regardent, depuis leur trou de roche. Je m'approche, elles ne bougent pas. Je pourrais les toucher, mais je n'ose pas. Un poisson coffre semble complètement endormi, et ne réagit pas quand je le touche. Un poisson plat de la couleur des pierres se trahit en se déplaçant de quelques centimètres. Lui, je ne le touche pas, je me méfie.

Je sors de l'eau et me sèche au soleil, déjà chaud. La chienne pose sa tête sur mes jambes et se délecte de caresses.

C'est alors qu'un bédouin qui dormait sur le sable à une centaine de mètres de moi se lève, et s'avance jusqu'à ce que l'eau vienne lui lécher les pieds. Il s'accroupit, et reste un long moment, courbé comme un oiseau dans sa galabeya blanche. Il semble avoir épousé la mer. Au bout d'un quart-d'heure peut-être, il s'est levé et est parti en faisant vrombir le moteur de sa 4x4. Moi aussi, j'aimerais parler à la mer.


Ste Catherine (2) : dîner chez le hadj Ahmad et récolte de miel

Nous allons dormir chez le hadj Ahmad, que je connais déjà pour être venue voir ses plantes trois mois auparavant. Ce hadj est avant tout médecin, mais il a décidé d'arrêter d'exercer pour enseigner l'art des plantes médicinales aux jeunes bédouins. Il est en train d'aménager un terrain permettant d'accueillir des classes d'école.

Le hadj tient une photo que je lui ai rapportée de ma dernière visite.



Situé en pleine montagne, ce coin est un havre de paix, où Mansour, notre guide, aime aller. Il y va pour se faire soigner (les bédouins ont de mauvaises dents), mais aussi pour demander des conseils lors de situations familiales difficiles. Ce hadj est considéré comme un sage.



Le hadj s'enquiert de notre dîner : soupe, salade, dates. "Mmmhh... venez chez moi avec votre soupe ce soir, je vais préparer le feu pour le thé et le poulet."

Nous discutons autour du thé, il nous invite à visiter ses ruches le lendemain matin, et nous fait goûter son miel.

Le thé s'impose avant le poulet, puis après le poulet. Et puis après le thé, autant profiter du feu encore chaud pour faire du pain cuit dans la cendre, "le lebba". Le hadj pétrit la pâte composée de farine, d'eau, de sel. Il n'y a pas de levure. Il écarte les braises et verse la pâte directement dans la cendre.



Il recouvre le pain de braises jusqu'à ce qu'on ne le voit plus. Au bout de 10 min, il écarte quelques braises et tape sur la croute du pain pour évaluer la cuisson. Puis il retourne le pain, qu'il recouvre à nouveau de braise.



10 minutes après, il sort le pain de la cendre à l'aide bâtons, et tape dessus pour faire tomber la cendre. Il rompt le pain encore brûlant et nous tend un morceau : la mie est dense, mais par endroit de grosses bulles se sont formées sous l'effet de la chaleur. J'apprécie ce pain tout chaud tout droit sorti des cendres ! Nous avons tellement apprécié que Mansour nous refait le même pain le lendemain, tout en haut de la montagne, dans son jardin :



Le lendemain matin nous partons rejoindre le hadj dans ses jardins pour visiter ses ruches. Il récolte du miel de montagne, d'une montagne où la végétation est très réduite, et où les abeilles doivent parcourir de longues distantes pour trouver du nectar. On dit que le miel de Sainte Catherine est le meilleur d'Egypte. Les prix sont en conséquence ! Il les vend 200 livres le kilo.

Il possède tout l'attirail d'un apiculteur, jusqu'à la fumée pour que les abeilles ne détectent pas notre présence.




Mais on se croirait presque dans le film de la guerre des étoiles !

Ste Catherine (1) : retrouvailles avec les bédouins

Cette excursion nous a fait découvrir la vie des bédouins d'encore plus près : confection du pain dans la cendre, récolte du miel, cueillette des herbes odoriférantes et des mûres, tissage de tapis, approcher les gardiennes de chèvres, visiter des jardins bien entretenus, écouter la guitare égyptienne qui ressemble à une petite harpe...

Cette fois nous partons à deux, Pascale (coopérante DCC à Alexandrie) et moi. J'aime retrouver le calme de ce pays, par contraste avec Le Caire.




Je ne me lasse pas de ces villages et leurs habitants, comme ici, le village de Sainte-Catherine.



Nous rejoignons Mansour, le guide qui nous a déjà invité chez sa famille à Abu Sila lors de ma première visite avec mes parents. Nous apportons quelques cadeaux pour sa famille : cahiers, crayons de couleur, feutres, taille-crayons, crèmes. Et surtout : les photos de chacun développées sur papier. Ces photos ont eu un énorme succès, c'était un plaisir de les voir se les passer et se les distribuer à travers les maisons. La scène la plus touchante m'a été rapportée par Pascale : la mère de Mansour, se voyant sur une photo, s'est empressée de la glisser dans son corsage !

En retour, ils nous offrent quelques bracelets de perles qu'ils ont fabriqués, et des sacs décorés par eux. J'ai la surprise d'être accueillie avec la chanson "frère Jacques" que nous leur avions apprise trois mois auparavant. Les filles la connaissent par coeur.

Je suis contente de revoir Mona, sourde-muette, toujours aussi attentionnée pour ses chats. Et Salma, avec sa voix cassée par la cigarette, et si forte de caractère. Nous nous serrons fort, quand nous nous retrouvons. Et aussi la plus jeune Salma, 13 ans, si frêle mais déjà très mûre pour son âge. Et sa petite soeur, qui nous colle et nous fait des câlins.

Là encore, je ne mets pas de photos de la famille sur internet, à leur demande.

Et puis nous partons dans la montagne. Nous dormirons quatre nuits sous les étoiles, avec un 3/4 de lune. Notre trajet est le suivant :

Tanta, Menoufeyya

Quand Emilio me dit : "je vais dans le delta mercredi avec Mahmoud, tu viens ?" je n'hésite pas, c'est oui.

Nous partons en train.



A Shubra le train tombe en panne, il faut changer la locomotive.



Enfin nous arrivons et visitons le centre ville de Tanta comme des touristes, car nous sommes bien les seuls. On s'y sent bien, quand on vient du Caire.






Comme je m'interrogeais sur ce que faisait cet animal là sur un étalage, on me le place sur le bras, et on me dit "sadiket el-fellah", c'est l'ami des paysans. Mahmoud, en bon père de famille, s'inquiète : "attention à la grippe aviaire".



Dans la mosquée, une femme tente de me faire réciter la chahada (profession de foi musulmane). Je ne savais trop comment me sortir de cette situation quand un homme, visiblement chargé de nous suivre, s'interpose pour la rappeler à l'ordre. Bon. Nous nous remettons de nos émotions sur la terrasse d'un café.



Puis nous prenons un minibus, puis un toc-toc pour nous rendre dans un coin perdu : Menufeyya. Notre but : fuir la chaleur pour se reposer à l'ombre d'un arbre, dans les champs. Ce n'est pas trop l'avis de Mahmoud, qui préfère aller vers les maisons pour discuter, mais nous l'emmenons de force vers les champs, où les paysans travaillent malgré la chaleur.

Sur le chemin, nous croisons des jeunes qui sautent depuis le pont dans l'eau pour se rafraîchir. Juste à côté, des femmes font la vaisselle.



Enfin nous trouvons un arbre, les fellah intrigués viennent nous interroger, nous proposent de monter sur leur âne, et partent nous cueillir une papaye. J'ignorais que cela poussait dans ce pays, je n'en avais encore jamais vue sur les marchés du Caire. Je m'allonge, et fais une sieste tandis que les hommes parlent.




Lorsque nous repartons, j'ai enfin l'occasion d'approcher des paysans qui coupent le blé à la serpe. Ceux-là même qui m'avaient tant intriguée depuis le train menant à Alexandrie, pour leur travail pénible. Je m'approche, ils acceptent que je les prenne en photo. Et je me sens complètement désemparée lorsque ce que je redoutais arrive : la femme s'approche de moi et me dit : "ces champs t'intéressent ? Moi je suis fatiguée." Elle me tend sa serpe, gentiment. Je sais que je ne pourrais jamais faire ce qu'ils font plus de 5 minutes.
J'aimerais accepter, en remerciement des photos que j'ai prises. Les autres ont avancé, ils sont déjà deux champs plus loin, Mahmoud m'appelle.

Je regrette. Je lui fais mon plus beau sourire, et je m'en vais, bouleversée.




Nous terminons la journée par une tasse de thé chez des oncles de Mahmoud, à quelques kilomètres de là, avant de repartir en minibus vers Le Caire.


Sainte Catherine : le printemps

Les roches de Sainte Catherine, dans leur nudité, cachent des trésors de printemps. Les amandiers et abricotiers étaient en pleine floraison, pour notre plus grande joie.




Le pouillot fitis, Phylloscopus trochilus, (identifié au musée du parc naturel) est très attiré lui aussi, il recherche les insectes et les araignées cachés dans les fleurs. Il n'est pas farouche, et m'autorise à le prendre en photo.




Nous croisons aussi l'agame du Sinaï, Pseudotrapelus sinaitus, un petit jeune parait-il. Les adultes seraient capables de devenir d'une belle couleur bleue quand ils se sentent embêtés.



Nous observons aussi très souvent le Traquet à tête blanche, Oenanthe leucopyga. En pleine nature il est farouche, je ne parviens pas à le photographier correctement. Il nous intrigue car il imite le chant de plusieurs oiseaux. Une photo du parc naturel :


Nous croisons très peu de papillons. Je prends rendez-vous avec la responsable de la section des lépidoptères en mai, pour une future chasse ! Car il y a des espèces endémiques : l'un d'eux, dit-on, serait le plus petit papillon de jour : Pseudophilotes sinaicus.

http://www.leps.it/
http://www.mjwild.com/

Sainte Catherine : le monastère

Après notre nuit au sommet, nous attendons que tout ce monde redescende avant d'emprunter le chemin des marches, qui surplombe le monastère. Nous croisons hommes et ânes qui montent de l'eau et de la nourriture à l'archéologue et aux bédouins qui restent là-haut, pour accueillir les touristes.



Chemin très beau, mais épuisant pour les genoux !








Maman parvient au monastère ereintée, et c'est péniblement qu'elle nous suit à travers la brève visite du monastère et de son musée des manuscrits, qu'elle avait tant préparée !

Nous ramenons Vivien au départ des bus de Sainte Catherine car son avion l'attend le lendemain. Et nous partons passer l'après-midi et la nuit chez une soeur de Mansour. J'apprends à faire le thé aroussa, à faire la vaisselle avec très peu d'eau, je regarde les femmes enfiler des perles pour décorer des sacs en tissus, dans le but de les vendre. Nous partons chercher du bois mort pour le feu, maman aide les enfants à ramasser des déchets, les enfants dansent devant nous au son du tambour et de leurs voix, nous leur apprenons à chanter "frère Jacques", bref, nous nous mêlons à la vie locale.


Sainte Catherine : Mont Moïse

L'ascension du Mont Moïse est un chemin très couru par les pélerins. Mais selon l'heure à laquelle on monte, on croise plus ou moins de gens.

Nous suivons l'idée de notre guide : plutôt que de monter le mont Moïse comme tout le monde en passant par le monastère, nous commençons l'ascension par le wadi el Arbaain et pensons dormir en chemin, chez des bédouins.

Un chameau porte nos sacs et nous porte à l'occasion.




Finalement nous décidons de ne pas nous arrêter à l'étape, et de dormir au sommet du mont Moïse. Ca monte bien, mais sans charge, et en prenant son temps, c'est facile.




Là-haut, nous avons la surprise de rencontrer un archéologue grec qui dort sur place pour son travail. Il nous ouvre les portes de l'église habituellement fermée, et nous explique les recherches qu'il mène sur place, concernant les fondations de l'ancienne chapelle, plus spacieuse que l'actuelle. Peu à peu, les ruines prennent du sens.



Il y a très peu de monde pour le coucher du soleil, qui reste médiocre. L'archéologue et son aide égyptien nous invitent à un dîner copieux (nous n'avions prévu que des dattes !), puis ils nous fournissent matelas et couvertures pour s'installer sur le toit de leur bicoque. Sympa ! Nous nous réveillons entourés de 200 à 300 personnes venues admirer le lever du soleil. Moins sympa !

C'est agréable tout de même de se réveiller, lever la tête, et apercevoir ça, bien emmitouflés dans nos duvets :





Nous ne partons pas avant d'avoir pris notre petit déjeuner avec l'archéologue.


Sainte Catherine : plantes médicinales

Les bédouins connaissent bien les plantes. Cette tradition perdure encore, car beaucoup de villages restent éloignés de la ville, Sainte Catherine même est éloigné du premier hôpital, et enfin, les médicaments coûtent chers. Pour toutes ces raisons, les plantes font encore partie intégrante de la vie bédouine. C'est de cette façon que notre guide m'a présenté les plantes que nous avons rencontrées. Voici ce que j'en ai compris avec mon arabe de débutante :

Cette plante s'appelle "2aramlaan" en arabe, on mâche les graines avant de les recracher quand on a des maux d'estomac.



Celle-ci s'appelle "cheke3a", elle favorise la cicatrisation des plaies.



On rencontre beaucoup de celle-ci, "sakaaran", très toxique. On fume ses feuilles pour lutter contre l'asthme. C'est aussi un puissant anesthésiant, ou bien selon les doses, elle peut rendre fou pendant un laps de temps.



Celle-ci je n'ai que noté son nom : "labbaad".



On prend le "betaran" pour calmer les nausées.



Du foul en fleurs !



Et ça c'est de la bonne nourriture pour les chèvres ! Ils l'appellent le "ratam".



J'ai gardé le "nabaq" pour le dessert. On a goûté, c'est bon. Grâce à Emily (voir commentaires plus bas), je sais qu'il s'agit du jujubier.



Sainte Catherine : Abu Sila

Tandis que nos sacs sont acheminés à dos de chameau, nous commençons une promenade de quelques heures pour rejoindre en théorie Sainte Catherine. Et puis... en fait non, on changera de destination en cours de route !



C'est le départ, yalla !



Sur le chemin, Mansour nous montre une plante : "C'est pour faire du savon". Il en cueille une partie.



De fait, lorsque nous demandons l'hospitalité au village de Sheikh Awaad, nous nous lavons les mains avant de prendre le thé. Non seulement c'est efficace, mais ça adoucit les mains !



Je préfère le thé ici qu'au Caire, où ils ne servent que du "Arousa". Ici ils le font avec une plante, du 2abab.
Nos hôtes s'amusent de nous voir nous habiller avec leurs habits traditionnels :



Nous continuons notre chemin, traversons quelques jardins, dont un est particulièrement bien soigné ! Comme tous les jardins ici, il est entouré de murs de pierres pour empêcher les animaux d'aller y brouter.



Le long du chemin nous trouvons quelques plantes médicinales, notre guide nous les nomme et nous explique à quoi elles servent.



Cet endroit s'appelle "madarba el aguz", et Mansour nous raconte sa légende : une vieille femme très forte portait un sac très lourd le long du chemin. Fatiguée, elle pose son sac sur le bord, près du vide, et s'asseoit. Vient à passer un homme, ils se plaisent et décident de s'épouser. L'homme se saisit alors du sac pour le porter. Mais le sac est si lourd qu'il l'entraine au fond de la vallée, laissant la femme seule au bord du chemin.



Sur le chemin, nous nous arrêtons chez un bédouin qui travaille dans son jardin. Il nous invite à prendre le thé dans sa petite maison en pierres, et finalement à déjeuner ! Je suis ébahie par ce sens de l'hospitalité, et en tant qu'occidentale, je ne peux m'empêcher d'espérer que l'argent que nous verserons au parc naturel pour notre nuit à l'écolodge sera reversée en partie aux bédouins habitant aux alentours. En attendant, nous partageons du riz avec une sauce et des légumes avec d'autres bédouins de passage qui se joignent à nous.



Mansour nous invite à dormir chez lui, cela lui permettra de revoir sa mère et ses soeurs, et nous verrons comment ils vivent. Surpris, nous acceptons, et ne le regretterons pas !



Nous passons alors une soirée formidable autour d'un repas, pendant lequel nous observons la belle-soeur de Mansour tisser un long tapis qui servira de sac destiné à être vendu au monastère.



Le métier à tisser est sommaire mais très pratique car on peut y manger, y marcher, y dormir... Le chat aime s'y blottir aux côtés de sa maîtresse qui s'use le dos en travaillant dessus. Il faut se pencher sans arrêt en avant pour effectuer tous les gestes du tissage : pression maille à maille avec une corne de chèvre, et pression générale avec un bout de bois qui fait la largeur du tissu. Le tissu est en maille très serrées, le sac sera solide.

Et nous avec les enfants, nous faisons des cocottes en papier, et jouons à faire des figures avec une ficelle. Je fais quelques photos des femmes voilées ou non, mais même voilées, je comprends vite qu'elles ne m'autorisent pas publier ces photos sur un support comme internet. Elle ne veulent pas être reconnues. Notre guide surveille encore aujourd'hui les photos que je publie sur ce site au sujet des femmes de son village, il m'en a fait supprimer une.



Sainte Catherine : écolodge de Sheikh Awaad

Nous partons 6 jours à Sainte Catherine, sans réellement fixer de parcours à l'avance. Nous devons retrouver là-bas un guide conseillé par Emily, qui habite à Sainte Catherine depuis 10 ans. Des conditions idéales pour se laisser surprendre chaque jour par quelque chose de nouveau, et surtout, surtout, vivre chez les bédouins.

Finalement, voici l'itinéraire que nous avons suivi, fourni par cet outil magnifique qu'est "Google Earth" :


Nous prenons le bus de la compagnie "El Sina", qui dessert tout le Sinaï, avec un aller simple en poche. A Tarfa, nous retrouvons notre guide, Mansour, qui travaille aussi pour le parc Naturel. Il nous emmène en 4x4 jusqu'à l'écolodge "Al Karm", tenue par des bédouins du village de Sheikh Awaad, à 1/2 heure de voiture de toute route goudronnée.

Vue de l'écolodge le matin :




Nous y trouvons du calme, un ciel étoilé magnifique comme je n'en ai jamais vu, des chambres très propres et très confortables, construites avec uniquement du matériel que l'on peut trouver dans la montagne. Des bougies éclairent les chambres et les chemins puisqu'il n'y a pas d'électricité ici.

Les lavabos près de la douche, il y a l'eau chaude !



Les bédouins nous préparent un repas copieux : salade assaisonnée avec les herbes de la montagne, poulet grillé au feu de bois, riz, thé. Après ça, il n'y a plus qu'à compter les étoiles filantes près du feu, elles sont nombreuses, et le ciel est magnifique. Il n'y a que nous, les bédouins, et le silence.



Le Caire : souffleur de verre

Jean nous emmène chez son fournisseur de verre favori dans le quartier des morts. Il possède un four, et il travaille le matin. Ce jour-là le souffleur ne commence son activité qu'à 10h30, mais l'été, ils travaillent tôt le matin à cause de la chaleur.

Ce four là n'a pas d'âge, pourtant il fonctionne au gaz, et le souffleur fait des merveilles. Il parait qu'une particularité du savoir faire égyptien réside dans le fait qu'il souffle assis.
Les regarder travailler une matière en fusion qui se transforme en quelques secondes en une matière solide et cassable est impressionnant.

Ils travaillent avec plusieurs couleurs : transparent sans couleur, marron et vert en recyclant des bouteilles de sodas, bleu avec du colorant, opaque en rajoutant de la porcelaine. Ils ne manient qu'une seule couleur au cours d'une journée, puisqu'il est long de préparer le four dans lequel baigne le verre en fusion.

Les étapes pour faire un verre ou une bouteille sont les suivantes :
1. Plonger le tuyau de métal dans le verre en fusion et en retirer la quantité de verre voulu
2. Faire tournoyer le tuyau de sorte que le verre s'allonge. Le col se durcie tandis que le fond du verre reste en fusion plus longtemps.



3. Souffler. Seul le fond du verre s'arrondit, car le col s'est solidifié.



4. Changer de prise : on décolle le tuyau du col pour le coller au fond du verre.

5. Réchauffer le col pour l'élargir avec une pince et en faisant tourner le verre, à la manière d'un potier.



Parce que ce verre est recyclé, il contient des impuretés, des bulles, etc. Mais le savoir faire égyptien mérite le détour, et la forme des bouteilles est parfois très artistique.





Nous terminons la visite en mangeant un cochary au parc Al-Azhar.



Le lendemain, c'est le grand départ pour notre virée de 6 jours à Sainte Catherine !

Le Caire : mosquée et rues

Un soir, nous avons découvert avec Béatrice une mosquée qui nous avait beaucoup plu. Il s'agit d'Al-Saleh Talaï, proche voisine de Bab Zuwayla, que nous avions visité de nuit, et le guide s'était amusé à nous faire parcourir les toits qu'il faut enjamber par moment. Cette visite impromptue nous avait impressionnée, car enjamber les toits quand tout est sombre à la manière des voleurs ou des chats prend une tournure intéressante.

Cette fois je l'ai fait de jour avec mes parents, c'est moins impressionnant, mais la vue est plus belle puisqu'on apprécie mieux les monuments.



Et puis nous prenons plaisir à nous engouffrer dans les rues pleines de vie, où chevaux, troupeaux, travailleurs, porteurs, femmes et enfants se mélangent et vaquent à leurs occupations.








Faisant fi des conseils des guides concernant l'alimentation, nous mangeons même du poisson frit dans la rue, à la terrasse d'un café populaire.

Nous observons au passage les boutiques d'appliques et de tapis. L'homme qui m'a vendu une applique me reconnaît et nous offre le thé, et donne à papa un coussin.


Le Caire : caravansérail

Il existe plusieurs caravansérails dans le quartier du Caire islamique, nous en avons visité un, les maisons el-Suhaymi, qui a été rénové suite à un tremblement de terre. Calme, fraîcheur, jardin, décorations orientales, le lieu vaut le détour.

De l'extérieur on aperçoit les moucharabiés :


L'aménagement a du caractère :






Et le jardin, dans la cour intérieure, est reposant.